jeudi 11 décembre 2014

Lettre ouverte à M. Emmanuel MACRON, Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique.

Lettre ouverte à M. Emmanuel MACRON, Ministre de l'économie, de l'industrie et du numérique.

Guerville le 11 décembre 2014.


Monsieur le Ministre,


J'ai pris mon temps pour vous écrire... J’avais initialement eu l'intention de faire cette lettre à votre prédécesseur mais n'en ai pas eu l'occasion : vous l'aviez remplacé (peut-on remplacer Arnaud MONTEBOURG ? C'est une autre question!)... Les annonces du 10 juillet dernier du Sieur MONTEBOURG pour le « redressement économique de la France » m'avaient abattu... Et le mot est faible...

Après un long auto-satisfecit, dans lequel le paradoxe le dispute à la contradiction, (créer des emploi et soutenir la robotisation, augmenter le « pouvoir d'achat » des français et reconstruire les marges des entreprises, etc...), votre prédécesseur annonçait, entre autres, vouloir mettre en coupe réglée 37 professions « réglementées » au prétexte, aussi « démago » qu'incantatoire, que ceux qui les exercent seraient coupables de capter l'argent des français, et vivent grassement de quasi-monopoles...
On y trouvait, pêle-mêle, les pharmaciens, les huissiers de justice, les greffiers des tribunaux de commerce, les administrateurs judiciaire, les avocats, les opticiens, les commissaires aux comptes et j'en passe...

Mon épouse est avocat, Monsieur le Ministre, depuis vingt ans. Elle travaille 60 à 80 heures par semaine, soit plus de deux semaines de travail en une, prend difficilement quatre, mais plus souvent trois, semaines de congés par an, emploie une assistante à plein temps, qui va bientôt lui coûter plus cher en charges sociales qu'en salaire net, et pour un résultat fiscal, bon an, mal an, équivalent à la somme faramineuse de moins de quinze euro de l'heure, en données corrigées des variation saisonnières (rappelez moi le montant du smic horaire??)...

Au delà de ça, elle s'investit, au sein du barreau où elle est inscrite, pour accompagner les plus jeunes confrères, et travaille parfois pro bono ou à l'Aide Juridictionnelle, ce qui revient à peu près au même, (non, pardon : à l'A.J. elle perd de l'argent, pro bono elle gagne en estime d'elle même!) mais là n'est pas notre sujet...

Je vous ferai grâce ici des conditions dans lesquelles elle est prise en charge en cas de maladie, d'accident de la vie ou du travail : au regard de ce que lui coûte sa protection sociale, c'est indécent, et si l'on compare au conditions offertes à un cadre de n'importe quelle entreprise, on se pose alors de sérieuses questions quant à l'application du principe d'Égalité.

Un dernier point la crise aidant (la crise c'est ce que la majorité de vos concitoyens vit depuis 2008, et même avant, mais je comprends que ce soit un concept qui vous échappe), elle a de plus en plus de mal à se faire payer, et son bénéfice (son revenu donc) est en baisse, spécialement cette année, car ses clients (de simples particuliers, non des multinationales) peinent de plus en plus à honorer leur engagements... C'est comme ça qu'elle a deux ou trois dizaines de milliers d'euros de facturation impayés, ce qui est le cas de la plupart de ses confrères.

Autant vous dire l'émoi qu'a suscité votre projet de loi à la maison... En effet, le départ de M. MONTEBOURG aurait pu nous faire espérer un retour à plus de raison, mais non... Non seulement vous reprenez à votre compte ses inepties, mais vous enfoncez le clou.

Inepties en effet, Monsieur le Ministre, sur lesquelles je n'épiloguerai pas : d'autres l'ont fait pour moi, avec panache et précision, et ce serait vous faire injure : vous, si brillant (Bac S mention « Très Bien », Normale Sup, DEA de philo, Diplômé de Siences Po, Enarque, collaborateur de Paul Ricoeur, IGFP, Associé-gérant chez ROTSCHILD, etc), n'avez besoin de personne pour vous expliquer que l'on enrichit pas les pauvres en appauvrissant les riches, et encore moins en rendant plus pauvres encore ceux qui, déjà, s'en sortent déjà péniblement.

Car oui, Monsieur le Ministre, je considère que quinze euros de l'heure de travail, quand on a fait sept ou huit ans d'études, et qu'on trime deux semaines en une, c'est pénible.

Un point tout de même, dont je vous laisse juge (si je puis dire) : la France peut s'enorgueillir d'avoir une Justice, certes imparfaite, à peu près indépendante, mais où la possibilité est donnée à tout un chacun d'avoir recours aux services d'un avocat qu'il ait ou non le moyen de le payer. Votre projet de loi prépare une société où il y aura ceux qui, confronté à l'appareil judiciaire, quelle qu'en soit le motif, pourront et ceux qui ne pourront pas avoir d'avocat : en durcissant les conditions de travail de ces professionnels du Droit, et en paupérisant leur profession, vous fragilisez le socle de notre République et de notre Démocratie, déjà mal en point. Une société où le Droit et la Justice disparaissent est une société mûre pour le totalitarisme et la dictature. Notez ceci.

En revanche, voyez vous, j'exerce, moi, une profession dont j'aimerais bien, et nombre de mes collègues également, la voir règlementée, et encadrée un minimum. Je suis coach professionnel. J'accompagne au quotidien, des hommes et des femmes dont le métier, partout dans les entreprises (et le service publique), quel qu'il soit devient chaque jour plus difficile, fragilisant les uns et les autres dans l'estime d'eux même, leur confiance en eux, et paradoxalement, limitant l'efficacité de nos organisations...
Ce que je vois, tous les jours, Monsieur le Ministre, c'est l'implacable machine économique réduire en esclavage (quel choix a-t-on lorsque le pays compte plus de 5 millions de chômeurs ??? ) des hommes et des femmes de moins en moins capables d'affronter les conditions d'exercice de leur profession, quelle qu'elle soit, en même temps que le business se durcit... Si on parle aujourd'hui de faire reconnaître le burn-out comme maladie professionnelle, ce n'est pas un hasard...

Je m'investis donc, auprès de tous ces gens, cadres, dirigeants, managers, pour les accompagner à mieux vivre leur job, prendre du recul, clarifier leur vision, atteindre leurs objectifs...
Ça demande beaucoup d'énergie, de temps en développement personnel, de travail sur soi, et une solide formation en même temps qu'une certaine maturité professionnelle.

Alors voilà j'aimerais bien, moi, que cette profession soit un peu réglementée, j'aimerais bien que tout un chacun ne puisse pas s'installer comme coach pour faire tout et n'importe quoi, j'aimerais bien que les clients qui s'adressent à nous puissent être garantis que leur interlocuteur a suivi une formation sanctionnée par, à défaut d'un diplôme, une certification reconnue par l'état, soit supervisé, qu'il soit le cas échéant obligé d'être affilié à une organisation professionnelle qui garantira un cadre éthique, j'aimerais bien que la formation des coaches ne soit pas un juteux business « pissant » du coach à plus savoir qu'en faire.

Voyez vous, j’aimerais bien que la profession de coach soit un peu règlementée.

Je ne doute pas, Monsieur le Ministre, que vous lirez cette lettre, et que vous n'en tiendrez aucun compte, guidé que vous semblez l'être par une idéologie dont j'ai du mal à cerner les contours.

Recevez, nonobstant le fait, mes salutations les plus respectueuses.

Guillaume QUINTIN.

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