mercredi 10 juin 2015

Lettre ouverte n°2 à Emmanuel Macron, Ministre de l'Économie...



Cher Emmanuel,


Je t'écris pour la deuxième fois en six mois. Aussi, puisque notre relation semble s'inscrire dans la durée et que, par le fait, nous devenons presque des copains, à défaut d'être des camarades, ce que nous pourrions être si tu étais de gauche, je me permets le tutoiement. Et, puisque nous en sommes là, laisse moi te faire une confidence : ton dernier projet pour, soi-disant, relancer l'économie en aidant les TPE-PME à embaucher, va te faire passer pour un dangereux récidiviste.

Après ma lettre ouverte du mois de décembre où je dénonçais l'inanité et les effets délétères de ta loi dite « loi Macron » (en passant, j'ai bien aimé le « Loi Maquerelle » de Laurence Ferroni ce matin sur Inter), je t'écris donc à nouveau, parce que, tu le sais, comme moi, la récidive est un facteur aggravant. Et là, il y a récidive Emmanuel...

J'ai écouté ta prestation ce matin sur France Inter... Franchement ? Si j'avais été un examinateur et toi un lycéen à un oral de bac, je t'aurais à peine mis la moyenne... Mais juste pour le style, hein, pour la réthorique, plutôt bien maitrisée, parce que sur le fond, hein, rien, « nada » (ça c'est la touche espagnole, pour Manu), aucune crédibilité, le vide intersidéral ! À ta décharge, ton examinateur de ce matin n'était pas très méchant, ce bon Patrick Cohen a fait mine de te mordiller un peu aux mollets mais guère plus. On l'a connu plus punchy...

Bref, revenons à nos moutons : les Français ! Les Français vont-ils continuer longtemps à ne pas voir derrière le ministre « socialiste », le défenseur acharné du capitalisme libéral, derrière ta jolie-petite-gueule-de-premier-de-la-classe-politique (ou de gendre idéal, au choix), l'ami des patrons, du MEDEF et de la CGPME ? Ah, il doivent être contents tes potes Gattaz et Asselin ! Tu leur sers bien la bonne soupe ! Ils vont pouvoir virer à tours de bras sans risquer que ça leur coûte un... bras, renouveler les contrats précaires et embaucher, et dépasser les seuils légaux, puis virer et repasser en dessous sans la moindre conséquence... Bref, du beau boulot de libéral pur sucre !
Et toi qui essaies de nous faire avaler ça comme plus de sécurité pour les salariés ! Alors là, chapeau ! Oui, vraiment, chapeau ! Note, t 'as raison, plus c'est énorme, et plus ça a des chances de passer, hein, faut pas y aller avec le manche... De la bonne grosse louchée, et ça passe. Tu pourrais presque donner des cours à Sarkozy... Si, si !

Bon allez soyons un peu sérieux : Comment veux tu qu'un entrepreneur individuel, qui aujourd'hui crève à moitié de faim, est harcelé par le RSI qui lui réclame des sommes invraisemblables autant qu'injustifiées, peine à trouver des clients, se fait laminer par ses concurrents plus structurés, plus installés, comment veux tu qu'il embauche un salarié juste pour une prime de 4000,00€ ? Explique moi, je pige pas !

En quoi, pour un salarié en CDD, le fait de se voir renouveler son CDD une deuxième fois est un progrès ? Je vois pas ! D'autant qu'il est aujourd'hui, pour celui qui veut embaucher, bien plus intéressant d'embaucher en CDI, ça coûte bien moins cher, et c'est sans aucun risque, puisque, s'il respecte scrupuleusement les procédures en cas de licenciement, l'employeur ne risque absolument rien ! Là non plus je pige pas...
Limiter les dommages et intérêts pour licenciement abusif ?!?!... Ça !!! Alors ça, c'est LA trouvaille, au cas où tu n'aurais pas immédiatement vu les effets pervers du truc, je te fais la traduction du message subliminal : « Toi, Patron, tu vas pouvoir virer, dans n'importe quelles conditions, sans motif réel et sérieux, ni aucun respect des procédures ni de la Loi, n'importe lequel de tes salariés ! T'es peinard, tu sais par avance combien ça va te coûter !!! Vas-y, mec, conduis toi comme un voyou, il n'y a plus aucun risque, plus aucune incertitude... Que du bon-heur ! »... Dis, vu comme ça, t'en penses quoi, Emmanuel ? Elle est pas belle la vie de patron-voyou ? Franchement, même Sarkozy, il a pas osé ! Sans compter qu'il y a toujours le recours possible à la transaction amiable, hein, c'est pas comme si le contrat de travail était gravé dans le marbre, non plus.

Alors tu vois, Emmanuel, ton plan là, on y croit pas... Ce dont les petits entrepreneurs ont besoin, c'est de boulot vois-tu, de commandes, de chantiers, de marchés. Pas de pseudo mesurettes qui au final ne servent ni l'activité, ni les entrepreneurs, ni les clients.

Tu vois, il y a ceux qui travaillent avec les particuliers... Les particuliers, il y en a de plusieurs sortes : ceux qui de toute façon gagnent tellement peu qu'ils payent même leurs courses du samedi à crédit, et puis il y a la fameuse « classe moyenne » étranglée par l'impôt, de plus en plus mal à l'aise, mais qui, bon an mal an, s'en sort toujours mieux que les premiers cités. Juste après il y a ceux qui ont un peu de pognon, ceux que tu vas définitivement dégoûter de bosser, d'entreprendre, ou d'investir, ceux qui ont fait des études et qui vont « se-barrer-de-ce-pays-de-merde » (dixit ma fille, 25 ans, ingénieur, qui n'en peu plus du climat délétère qui règne dans le pays où tout un chacun ne pense qu'à sa gueule, et où MLP capte 50% de votants aux dernières élections) et qui ne leur offre aucun avenir. Et puis il y a ceux qui ont vraiment du pognon, comme toi, Emmanuel, et pour qui finalement le fait que le coût de la vie ait été multiplié par 6,55957 depuis quinze ans n'a aucune incidence, mais qui soyons honnêtes, ne sont pas ceux qui contribuent le plus à faire tourner la machine. Tu vois, pas facile de développer du business dans ces conditions.

Et puis il y a ceux qui bossent, comme moi, avec des entreprises. Lesquelles entreprises ne dépensent plus un rond qui ne soit pas directement contributif au résultat... Moi qui suis dans la prestation de services, qui plus est tournée vers l'accompagnement des personnes, autant te dire que le caractère « directement contributif au résultat » de mes prestations est assez flou pour mes interlocuteurs. Dire que j'ai du mal à vendre mes prestations est un doux euphémisme. Je ne te parle même pas du secteur public et des « MAPA », non pas les gants, ni les assurances, les « Marchés À Procédure Adaptée » qui ne sont pas accessible à des gens comme moi : on aurait pu penser que le relèvement du plafond des marchés pouvant se faire sans appel d'offres ni publicité à 15000,00€ aurait été une bonne chose, il n'en est rien. Il favorise encore plus le copinage et le favoritisme... Quant au formalisme nécessaire au marché de plus de 15000,00€, il est un vrai frein à l'attribution de ces marchés à des petites entreprises qui pourtant en auraient vraiment besoin, cependant que les marchés en question sont trustés par de grands Groupes, qui achètent à vil prix de belles références de marchés publics.
Bref, ça reste là aussi très dur.

Alors, quoi faire ? C'est bien là la question... Ma réponse : favoriser la hausse des salaires dans les entreprises au détriment de la distribution de dividendes (mettre en œuvre la proposition de N. Sarkozy – rien que d'écrire ça, je te jure, j'en ai des boutons – d'obliger une distribution des résultats après impôts par tiers :  actionnaire,  salariés, ⅓ investissements - Contre - quoi ? - plus de 75% à l'actionnaire!!??!!), obliger toutes les entreprises françaises à payer leurs impôts en France (TOTAL), diminuer les charges qui pèsent sur les 2,5M d'entrepreneurs individuels que tu as encensés ce matin à la radio, et qui sont moins bien protégés que les salariés (alors qu'ils payent plus de charges, un comble), obliger les grands Groupes qui bénéficient de marchés publics, ou para-publics, à faire travailler des travailleurs locaux avec une protections sociale locale (voir BOUYGUES sur le chantier de l'EPR), enfin mieux répartir l'IRPP et taxer plus, mais vraiment plus, le haut de la pyramide...
Et tiens, à propos de TOTAL, l'obliger à baisser le coût des carburants, à tout le moins celui du fuel domestique, qui, bien que le baril de brut soit à la moitié de son cours le plus haut n'a quasiment pas baissé ses prix, pas plus que les autres pétroliers.
Mais bien sûr faire tout ça demanderait de faire une vraie politique de gauche et, surtout, un peu de courage politique... ce dont on semble gravement manquer dans le gouvernement dont tu fais partie.

Allez, Monsieur le Ministre, Cher Emmanuel,

Bonne journée !

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